Dans la foulée des Sommets du G8 et du G20 se déroulant à Toronto au cours de la fin de semaine, j’ai en tête de mettre de côté le cynisme politique qui m’habite pour laisser place à l’utopie. Dans le marasme idéologique de droite et la constante progression du capitalisme, il peut être ardu de rêver d’un monde meilleur. Ceux et celles qui sont dans les rues à Toronto osent encore rêver, ils luttent pour un monde meilleur.
Sans doute on m’étiquettera de naïve, de rêveuse et d’avoir les idées décalées de la réalité tangible et pragmatique, qu’à cela ne tienne! Je rêve d’un monde où les injustices n’auront pas lieu d’être et que les différences entre les humains soient créatrices et non destructrices et divisantes. Mon idéal, que j’associe à l’utopie, est ce qui me permet de me lever tous les jours, est ce qui me motive à m’impliquer dans ma communauté. Un idéal de justice, de solidarité, de paix et d’équité entre tous est mon leitmotiv du quotidien.
Au fond l’utopie c’est cet imaginaire rêvé, cette imagination explorée, ce rêve réalité, cette réalité espérée, cet ordre bouleversé, cette contestation avouée. L’utopie est donc le moteur de la contestation, l’impulsion du changement. Les milliers de personnes qui braveront le climat de terreur et les dispositifs de «sécurité» imposés par le gouvernement canadien à la solde des plus grandes puissances économiques et politiques ont en tête de contester l’ordre établit, car ces gens croient que des alternatives sont possibles.
La contestation reliée au G8/G20 remet en question les principes moraux et économiques qui gèrent le monde. Elle donne une voix aux personnes marginalisées et discriminées  qui dépendent des décisions des multinationales et des politiciens. Il suffit de penser aux écarts grandissants entre les conditions de vie des gens du Sud et ceux du Nord, aux écarts entre les riches et les pauvres de chacun des pays. Ce qui est décidé en catimini par Harper, Obama et leurs alliés aura une incidence directe sur la vie des gens. Pourtant, ce qui est débattu n’aura pas comme idée première de fournir de l’eau potable pour tous, il sera plutôt question de favoriser les échanges économiques, les profits et la délocalisation d’entreprises dans des pays «en voie de développement». On ne pense pas à protéger la vie, on cherche plutôt à la marchandiser. Si nous n’avons plus de pain dans nos armoires, c’est que les armoires des privilégiées et des mieux nantis débordent.
Selon Paul Ricoeur[1] (1997 : 356), l’utopie est vue de façon négative par les groupes dominants, car ils se sentent menacés par celle-ci. Ils voient l’utopie comme une brèche dans leur ordre imposé. Dans le genre littéraire, l’utopie est plutôt présentée aux lecteurs et lectrices comme une alternative possible. L’utopie peut être une société idéale, une nouvelle société, une société future, une société reconstruite bref, c’est un bouleversement de ce qui est en place.
Les manifestations qui ont lieu présentement lieu dans les rues de Toronto font face à une imposante répression politique et policière. Les dominants, ceux profitant des politiques néolibérales issus des Sommets, se sentent menacés par les discours de la contestation. Ils tentent de la discréditer, de la miner et de faire peur à ceux et celles osant braver clôtures, lacrymogènes, et canons divers. Par les médias traditionnels et les interventions publiques des politiciens et policiers, on érige en ennemis les manifestants et manifestantes. Le milliard de dollars investi dans la «sécurité» pour le G8/G20 sert à justifier l’étouffement de la contestation. Les défenseurs et les défenderesses des droits sociaux sont identifiés comme ceux étant à «surveiller» au cours de la fin de semaine. La plupart des médias s’intéressent plus aux débordements et à la casse dans la rue plutôt qu’aux politiques qui seront votées derrière les portes closes et sécurisées.
Par la porte de l’utopie, je désire à l’instar des contestataires de Toronto, joindre ma voix dissonante face à la grande messe du capitalisme célébrée par les mieux nantis et orchestrée pour les profiteurs de cette planète.
Pour suivre l’actualité par le biais des médias non traditionnels :
Toronto Media Coop:
http://toronto.mediacoop.ca/
Rabble.ca :
http://rabble.ca/
Submedia:
http://submedia.tv/stimulator/
Convergence des luttes anticapitalistes 2010 (clac2010):
http://www.clac2010.net/
Twitter de la Clac2010:
http://twitter.com/CLACMontreal
G820 Toronto Community Mobilization :
http://g20.torontomobilize.org/
Campagne At the Table :
http://atthetable2010.org/g8g20-101
G20G8 Breakdown :
http://www.g20breakdown.com/
The 2010 people’s summit:
http://peoplessummit2010.ca
[1] RICOEUR, Paul (1997). L’idéologie et l’utopie, Paris (France), Les Éditions de seuil, Paris (France), 410 pages



25 juin 2010 Ã 15 h 20 min
Je trouve le tout un peu utopique, en effet.
La mort du capitalisme, bien que souhaitable, n’arrivera tout simplement pas. C’est la nature humaine – pour amener le capitalisme à sa mort, il faudrait une action concertée, non pas des gouvernements, mais plutôt des peuples, et même ça, ça n’arrivera tout simplement jamais. Il y’aura toujours une certaine opinion ou différence qui nous divisera.
Et pour ce qui est manifestation pacifiques – au moins 80% des manifestants sont pacifiques, mais tu le sais très bien que certains groupes anarchistes vont être là et vont allumer des feux comme la succursale RBC à Ottawa. Ça n’enlève rien que la sécurité est un peu over-kill, mais c’est pas vrai que toutes les manifestations vont virer au vinaigre par la faute des forces policières.
25 juin 2010 Ã 17 h 02 min
Je ne crois pas que le capitalisme est dans la nature humaine. Ces thèses de l’homoeconomicus ne sont là que pour justifier un système de domination et d’exploitation. D’ailleurs, le capitalisme est le système économique ayant le moins longtemps survécu dans l’humanité et il est déjà en train de péter, il fuit de tous ses pores. Je crois qu’une action concertée des peuples est possible, ça s’est déjà fait dans le passé pour faire progresser les droits humains. La différence peut même devenir créatrice.
La colère du peuple est légitime. Quelques feux de poubelles ne sont rien comparé à la violence des politiques votés dans les Sommets. De plus, en général, les débordements sont provoqués par la flicaille et leurs armements. Quand il y a une manifestation est calme, il y a toujours l’antiémeute pour charger, ou un undercover pour casser une vitre.
26 juin 2010 Ã 5 h 56 min
J’ai déjà vu cela dans mes années contestataires. La police chargeait pour nous disperser. Après nous avoir encerclés. J,ai été chanceuse de me sortir de là sans coups de matraque sur la tête.
Mais, il y a bien sûr toujours des fauteurs de trouble lors des manifestations, des qui ne recherchent que la casse et qui eux, vont aussi provoquer les policiers. Faut quand même se l’avouer.
J’approuve votre billet et je suis d’accord avec vos opinions.
Bonne journée.
25 juin 2010 Ã 19 h 11 min
Ben voyons, regarde les images des manifestations aujourd’hui. Les gens manifestaient paisiblement, ont décidé d’aller provoquer et de « tester » les forces policières en voulant se rendre le plus loin possible. Les policiers ont décidé où ça arrêtait, on simplement arrêter l’avancée de la foule, puis les manifestants ont commencés à envoyer des projectiles envers les policiers. Même chose que pour la manif annuelle contre la brutalité policière.
26 juin 2010 Ã 7 h 47 min
Vous critiquez l’action des manifestant(e)s trop facilement.
Personnellement je n’approuve pas le choix de la violence. Non pas parce que ça serait immoral (même que, dans des circonstances comme celles-ci, où les gouvernant(e)s jouent nos propres richesses sans l’ombre d’une considération pour les travailleur(euse)s, je la vois plutôt comme un geste de courage), mais parce que ce n’est pas stratégique: au combat physique, la police va gagner, point. À moins d’être des centaines de milliers de personnes, ça ne vaut pas la peine d’aller se faire tabasser et arrêter pour rien.
Ceci dit, comment ne pas comprendre la situation des citoyen(ne)s? Le fossé social se creuse sans cesse, les familles arrivent de moins en moins à boucler le mois, se font couper leurs emplois à la tronçonneuse même après de longues années de loyauté envers l’employeur, bref, la colère monte. La rage du peuple est en ébullition, comme disait Keny Arkana. Comment ne pas alors comprendre l’action physique de gens qui n’ont souvent plus rien à perdre? Affamez le peuple, il manquera d’énergie… sauf pour alimenter sa colère. Et quand celle-ci explose… «tasse-toi Mononc’».
Et tant pis pour les policier(ère)s qui recevront les briques et les bouteilles. Ils et elles ne font que leur travail… les manifestant(e)s aussi. Point.
25 juin 2010 Ã 21 h 44 min
Bonjour Geneviève !
Un grand texte que tu as écrit là .
Je l’endosse totalement !
Je te félicite pour ta lucidité, ta conscience et ton tact.
Tu es peut-être minoritaire mais tu as raison.
BRAVO !!
P.S. les manifestant/Es ne peuvent approcher à 7 mètres de la clôture ! (entendu à RDI–à moins qu’ils se soient fourvoyés). Si ce n’est pas du fascisme, je ne connais rien du fascisme.