Crise de folle

7 mai 2010

Confession

J’ai souvent l’impression de marcher sur un sol en mouvement comme si ma vie était le milieu d’un autobus accordéon. C’est bien quelques instants, c’est même rigolo, mais on s’en lasse. Pourtant, à chaque fois que l’autobus géant arrive à mon arrêt sur la ligne express, je me dirige vers le milieu de celui-ci. J’aime cette sensation mouvante, mais elle me rend folle. Après quelques hauts le cœur sur la plaque tournante, je me demande toujours : pourquoi l’ai-je encore fait? Ma vie est une drôle de course, un excellent film de série B. J’entends déjà les commentaires en écho de mes collègues et amies : « Geneviève, qu’est-ce qui se passe avec toi? Ta vie est toujours pleine d’aventures et d’histoires. » Je me plais à imaginer qu’au moins je fais rire la galerie et que ça change le quotidien. Par contre, mes histoires rocambolesques ne sont pas toujours faciles à vivre. Moi, elles ne m’amusent pas. La vie me fait des histoires, des histoires autres de celles dont je rêve. Mes gaffes quotidiennes et mes nouilleries ne me plaisent guère, quoiqu’elles me permettent de rire de moi-même. Par les temps qui courent, j’ai les pieds qui se chamaillent et les yeux qui se font la guerre. Mon métabolisme danse. J’ai le cœur qui bat la chamade, mes dents qui claquettent, ma vision qui cahote et les parties de mon corps qui se baladent sans attendre le cerveau. Me trouvez-vous folle?

La folie. Elle fait peur, elle rebute. Elle attire, elle dérange. Avez-vous peur de devenir fou, de devenir folle? L’êtes-vous? Avez-vous un diagnostic?

La folie est permise dans un cadre normatif précis, on souhaite faire des folies, vivre de folles aventures. On veut réaliser nos rêves les plus fous. Dans une certaine mesure, on a tous dans nos amis une personne que l’on qualifie de fou, de folle. Encore, la folle amie c’est peut-être moi, c’est peut-être vous. Par contre, on évite par-dessus tout le fait d’avoir l’air fou. Pourquoi?

J’ai toujours l’impression qu’on lutte pour ne pas sombrer dans la folie, alors que le monde est clairement malade. Paradoxe. J’ai le sentiment que c’est de peu que j’échappe à l’état de folie. Pourtant, la folie est créative, elle est belle. On la traite comme une maladie, comme quelque chose dont on doit se prémunir. Il suffit de penser à nos obsessions, nos petits travers qui nous virent à l’envers. Enfer! Certaines choses nous agacent, nous tourmentent, nous rongent. C’est pourtant celles-ci qui nous font vivre. Pourquoi la folie n’est-elle pas acceptée? Pourquoi est-ce la banalité du train-train quotidien que l’on cherche à atteindre? Metro-boulot-dodo-condo-resto. Pourquoi ne peut-on pas vivre pleinement ce sentiment créateur?

Qu’est-ce qui vous ronge?   De quoi avez-vous peur?

Pensez à l’attente d’un rendez-vous coquin. L’attente rend dingue, n’est-ce pas? Ne pas savoir s’il vous rappellera. La peur de se faire prendre au piège. La peur de déplaire. Pour s’éloigner de la folie, on tente de ne pas y penser, de faire autre chose. Quand votre cœur s’emballe au moins coup de fil, au moindre message texte, ou au moindre tweet.

Que pensez de la nourriture? Quand cette chose qui touche vos lèvres est si succulente que vous pourriez manger sans cesse, que vous feriez tout pour goûter à nouveau le délice. Pour sentir encore et encore l’odeur de ce qui vous chavire? Qui n’a pas sombré quelques instants pour du chocolat, du café, du champagne, du scotch?

Le sexe, le sexe, le sexe. Le manque rend folle. Le moment rend fou. Moi, j’aime faire l’amour sur la musique classique la plus déconcertante possible. L’opéra et l’orgasme. Folle.

Les crises de larmes.

L’amour. La passion.

N’avez-vous jamais été fou par excès de ce qui est bon?

La culpabilité. Le ménage. Le désordre. Notre poids. Nos boutons.

La douleur dérange, n’est-ce pas? La perte. L’abandon. Le rejet.

Avez-vous déjà eu une colère incontrôlable? Un sentiment d’impuissance? De désespoir?

Nous sommes tous fous, nous sommes toutes folles par moment. À quoi bon fuir ce sentiment? À quoi bon le médicamenter? L’anesthésier? Notre société empêche la folie. Pourquoi? Pour ma part, je crois que la folie libère. C’est dans ces grands moments de détresse que j’ai créé, que j’ai vécu, que j’ai réellement ri, que j’ai vraiment connu la tristesse. La folie fait vivre.

Crise de folle. Crise de blogue.

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8 réponses à “Crise de folle”

  1. hotkimo a dit:

    Merci pour ce petit moment de folies. Effectivement, pourquoi ne pas laisser la folie en nous s’extérioriser, voire prendre forme ? et ce, souvent afin de ne pas sombrer dans la folie nous-même, intérieurement ? Bon point ! J’aime !

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  2. Dominique Noel a dit:

    C’est pas un peu vieux jeu comme blogue?

    J’aime bien ton analyse de la folie. Bon, il y’avait des bouts un peu plus crus que je n’aurais pas dû lire, à cause de mon jeune âge, mais très belle analyse. Surtout le fait que la société nous permet pas de vivre certaines émotions au maximum – par exemple, le pétage de coche. Ou, comme tu dis, l’orgasme qui rends fou. On dirait, tout ça est tabou.

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  3. Karine a dit:

    La folie partielle fait partie de nos vies, sinon ce serait long et plate de vivre surtout pour de bonnes choses avec des bonnes personnes!

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  4. Éric du fjord a dit:

    Daniel Bélanger
    La folie en Quatre…

    S’il fallait qu’un de ces quatres
    Mon âme se disperse
    Bien avant qu’elle ne s’écarte
    Du corps qui la berse

    Qu’un d’ces quatres
    Qu’un d’ces jours, la folie
    houhouhouhou…

    S’il fallait qu’à cause d’elle
    Ton nom s’efface de ma mémoir
    Que si facilement ma cervelle
    Se répète du matin au soir

    S’il fallait qu’un jour
    Ce jour se jure de ma folie
    houhouhouhou…

    En somme, si mon âme oublie ton âme
    Et que mes yeux oublient tes yeux
    Ce sera le fruit d’la démance
    Et non la violence
    D’un aveux

    Alors avant qu’un d’ces jours la folie…
    Je t’aime
    houhouhouhou…
    houhouhouhou…

    Faire l’amour, follement, sur du classique… Non, devant tout un orchestre symphonique!

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  5. Moukmouk a dit:

    Aimer, vivre de façon différente, qu’on peut qualifier de vie folle, pimenter sa vie, prendre des risques…

    Mais on reconnait la vraie folie dans ce qu’elle est généralement très douloureuse, intense, insupportable. Souvent ceux qui se suicident, veulent vivre, mais la vie est devenue trop douloureuse.

    Il existe des états de semi-conscience qui ne sont pas aussi douloureux et qu’on peut mettre dans le grand panier marqué « folie ». Mais le mal d’amour, le tourment de l’attente, la douleur si bonne de la passion ce n,est pas la folie…

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  6. Jevi a dit:

    Cher Moukmouk et les autres,

    Je comprends tout à fait cet état de «vraie» folie. J’ai eu des périodes de fatigues très très sombres. La dépression. Je crois que la société empêche les gens de vivre leurs petites folies quotidiennes, qu’on réprime trop ces émotions intenses. Le capitalisme laisse peu de temps pour vivre. Étant étudiante et chargée de recherche, je peux me permettre de «péter ma coche» et de pleurer ou crier à la maison pendant deux jours. Tous comme les métiers qui permettent un peu de latitude comme les artistes. Si j’étais commis de bureau, coiffeuse, mécanicienne, ou je ne sais trop quel métier où tu ne peux pas te permettre d’être hors-norme, bien, ma folie du quotidien serait peut-être devenue une «vraie» folie.

    Il est évident que certaines folies sont dues à un débalancement chimique ou je ne sais trop….à un autre problème du corps. Mais, je crois que la société contemporaine ne laisse pas de place à ces fous. Qu’est-ce qui rend fou? Qu’est-ce qui créé les «vrais» fous? Les problèmes de santé mentale sont plus présents qu’avant, il suffit de regarder le nombre de dépressions, de suicides. Le travail est complétement aliénant, la société de performance, la productivité. Tous les marginaux que l’on a enfermés dans les hôpitaux psychiatriques. La société rend fou et ne laisse pas de place pour vivre pleinement nos émotions.

    Il y a aussi tous les sévices que l’on peut vivre, ceux qui affectent notre santé mentale: violence, intimidation, harcèlement, viol, exploitation, intimidation, sexisme, homophobie et j’en passe. La boulimie, l’anorexie. Il y a quoi rendre dingue à nous balancer ces modèles d’hommes parfaits et de de femmes parfaites. Jeunes, beau, mince, en santé, souriante, riche, travail valorisant, etc.

    Le monde dans lequel on vit, les systèmes d’oppressions rendent fous, folles. Certaines personnes ont le luxe de décrocher, d’autres pas.

    Et ceux qui font une obsession de l’amour, de l’être aimé? Et celles qui carburent aux sensations fortes? Celles qui carburent à la violence? Il suffit de penser aux films pornos, à la violence dans les films en général : ils font de plus en plus dans le trash, le hardcore. Nous sommes anesthésiés et c’est uniquement ce qui est le plus extrême qui fait réagir.

    La folie est plus près que l’on pense, même la «vraie» folie.

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  7. Josianne a dit:

    Enfin un texte qui glorifie la folie !

    Personnellement, j’ai toujours été « borderline » quand yé question de folie. Jusqu’au décès de mon père, ce jour là j’ai sombré.. Et vous savez quoi? Ça sauvé ma santé mentale. Comme j’aime rire, c’est de ce coté que j’ai basculé, pendant une semaine tout était prétexte à me faire rire. Pendant que tout le monde pleurait la mort de mon père, moi je la riais. Folle ? À 100%.

    Mais aujourd’hui, je vis très bien avec la mort de mon père, je ne peux pas en dire autant que ceux qui l’ont pleuré.

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  8. Loup Kibiloki a dit:

    J’ai tout lu. Les deux posts. Dis donc, j’ai tout lu… Drôlement bon. J’étais captivé à chaque ligne. Pas d’analyse aujourd’hui pour moi. Ça me tente pas, je me sens trop bien. Pas souvent l’occasion de lire quelqu’un qui sait écrire et qui nous en dit plus que la syntaxe ne le permet au premier degré… Houle de texte. Pas envie de gâcher ça.

    Non, mais sapristi, j’ai tout lu et je me suis pas ennuyé une seconde! :-)

    J’ai dû lire l’aura…

    (En passant, SpringLoaded se prête bien à la lecture.)

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